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Le marché des vignes en France en 2025, appellation par appellation

Le marché des vignes en France en 2025, appellation par appellation

Un hectare de vigne AOP s'est vendu 171 400 euros en moyenne en 2025, en baisse de 2,9 %, selon les prix des vignes Safer publiés le 21 mai 2026. Ce prix moyen viticole cache un marché à deux vitesses : la Champagne et la Côte-d'Or tiennent, Bordeaux et le cognac décrochent, le Languedoc reste stable.

Trois repères tirés des données 2025

  • Vigne AOP : 171 400 euros par hectare en moyenne nationale, 87 400 euros hors Champagne.
  • Vigne sans appellation protégée : 12 800 euros par hectare, deuxième année de repli.
  • Vigne à eaux-de-vie de cognac : 23 200 euros par hectare, un prix divisé par plus de deux en un an.

Que mesurent exactement les prix des vignes publiés par les Safer ?

Les prix des vignes publiés par les Safer sont des moyennes calculées sur les ventes réelles de terres viticoles notifiées à ces sociétés d'aménagement foncier. Chaque vente de terre agricole passe par un notaire, qui doit en informer la Safer du département avant la signature : c'est ce flux de notifications qui alimente la base. Le groupe Safer en tire chaque printemps une étude nationale, « Le prix des terres », qui porte sur l'année écoulée. L'édition parue le 21 mai 2026 décrit donc le marché foncier de 2025. La FNSafer, fédération nationale des Safer, consolide ces données foncières sur tout le territoire et publie la liste des prix par bassin, avec une forte attention portée aux opérations de domaines entiers.

Deux séries coexistent et il ne faut pas les confondre. La première est l'étude annuelle du groupe Safer, qui donne un prix moyen par grand bassin viticole et une analyse des acheteurs. La seconde est le barème indicatif de la valeur vénale moyenne des terres agricoles, publié au Journal officiel par décision ministérielle à partir des données Safer et Agreste. Ce barème donne, pour chaque appellation et chaque département, une valeur dominante, une valeur minimale et une valeur maximale. Le dernier barème disponible, fixé par la décision du 26 août 2025, porte sur les ventes de 2024.

Une moyenne nationale additionne des parcelles qui n'ont rien en commun : un rang de Chablis premier cru et un hectare de vin de France dans l'Aude. Le chiffre de 171 400 euros sert à suivre la tendance d'une année sur l'autre, pas à estimer une parcelle. Pour une estimation, la valeur dominante de l'appellation et du département donne un ordre de grandeur bien plus juste.

Quel est le prix moyen d'un hectare de vigne en France en 2025 ?

Le prix moyen d'un hectare de vigne AOP atteint 171 400 euros en 2025 selon le groupe Safer, contre une valeur un peu plus haute en 2024 puisque le recul annoncé est de 2,9 %. Sans la Champagne, dont les prix tirent la moyenne vers le haut, le prix moyen tombe à 87 400 euros par hectare, en baisse de 6,8 %. Les vignes sans appellation protégée valent 12 800 euros par hectare, en repli de 7,7 % après une baisse de 7 % en 2024.

Le tableau reprend les indicateurs nationaux de l'étude 2025, tels que relayés par la presse viticole le jour de la publication (Réussir Vigne, 21 mai 2026).

Indicateur Safer, année 2025ValeurÉvolution sur un an
Prix moyen des vignes AOP171 400 €/ha- 2,9 %
Vignes AOP hors Champagne87 400 €/ha- 6,8 %
Vignes hors AOP12 800 €/ha- 7,7 %
Vignes à eaux-de-vie de cognac23 200 €/ha- 54,5 %
Nombre de transactions10 930 ventes+ 4,5 %
Surface échangée19 000 ha+ 0,5 %
Valeur totale du marché viticole1 648 millions d'euros+ 16,5 %

La ligne de la valeur totale surprend dans un marché en baisse. L'explication tient à quelques ventes exceptionnelles : selon la fédération des Safer, quatre transactions, surtout en Côte-d'Or, pèsent à elles seules un quart de la valeur du marché. Retirées du calcul, elles laissent un marché en volume quasi stable et en prix orienté à la baisse presque partout.

Comment évolue le prix des vignes depuis 2022 ?

Le prix des vignes recule depuis trois ans en valeur réelle : le marché viticole a perdu 9,9 % en valeur constante depuis 2022, d'après les chiffres Safer repris par Pleinchamp. Cette baisse suit celle de la consommation de vin rouge en France, le recul des exportations vers les États-Unis et la Chine, et les plans d'arrachage financés dans plusieurs bassins excédentaires.

L'année 2025 apporte pourtant un signal inverse sur le nombre de ventes. Après deux années de recul et une année 2024 stable, les transactions progressent de 4,5 %. Les surfaces vendues restent stables à 19 000 hectares. Dans les secteurs où les prix ont le plus chuté, le marché redémarre : des acheteurs jugent le niveau d'entrée devenu raisonnable, et des vendeurs qui attendaient une remontée finissent par céder. La Gironde et l'Alsace illustrent ce mouvement, avec davantage de ventes à des prix plus bas.

Les biens bâtis, c'est-à-dire des vignes vendues avec chai, maison ou bâtiments d'exploitation, progressent de 3,6 % en surface pour atteindre 5 300 hectares. Les biens non bâtis reculent légèrement, à 13 700 hectares. La fédération des Safer y lit une hausse des ventes de domaines entiers, souvent à l'occasion d'un départ à la retraite sans repreneur familial. Cette tendance à la hausse des cessions de domaines complets pèse sur les prix : l'offre augmente plus vite que la demande dans les régions en crise.

Les prix des vignes par région viticole : de 8 000 euros à plus d'un million

Les prix des vignes par région s'étagent sur un rapport de un à plusieurs centaines. Le second tableau reprend les valeurs dominantes du barème officiel publié en 2025 pour les ventes de 2024, appellation par appellation : c'est la donnée la plus fine disponible, puisque l'étude 2025 ne donne que des moyennes par bassin. La valeur dominante est le prix le plus souvent constaté, pas une moyenne.

Appellation (département)Valeur dominante 2024Fourchette du barème
Pauillac (Gironde)2 500 000 €/ha1 700 000 à 4 000 000 €
Côte des Blancs (Marne)1 632 000 €/ha390 000 à 2 227 000 €
Margaux (Gironde)1 400 000 €/ha900 000 à 2 000 000 €
Côte-d'Or, premiers crus rouges1 040 000 €/ha480 000 à 4 750 000 €
Aube, AOC Champagne950 000 €/ha400 000 à 1 100 000 €
Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse)520 000 €/ha500 000 à 530 000 €
Sancerre (Cher)260 000 €/ha190 000 à 285 000 €
Saint-Émilion (Gironde)250 000 €/ha150 000 à 2 500 000 €
Chablis (Yonne)245 000 €/ha176 000 à 260 000 €
Alsace (Haut-Rhin)130 000 €/ha14 000 à 300 000 €
Crus du Beaujolais (Rhône)61 000 €/hanon déterminée
Languedoc (Hérault)15 000 €/ha10 000 à 20 000 €
Côtes du Rhône (Gard)15 000 €/ha9 000 à 18 000 €
Bordeaux rouge et blanc (Gironde)8 000 €/ha4 000 à 14 000 €

Source : barème indicatif de la valeur vénale moyenne des terres agricoles en 2024, Journal officiel, décision du 26 août 2025. Les valeurs de 2025 par appellation paraîtront dans le barème suivant ; d'ici là, les variations par bassin publiées en mai 2026 indiquent dans quel sens corriger ces chiffres.

Champagne et Bourgogne : les deux vignobles qui résistent

La Champagne reste de loin la région la plus chère de France pour la vigne, au point de doubler à elle seule la moyenne nationale. Dans la Marne, la Côte des Blancs affiche la valeur dominante la plus haute du vignoble champenois, au-dessus des crus de la montagne de Reims et de la vallée de la Marne. Selon l'étude Safer 2025, les prix ne progressent plus qu'en haut de gamme : les meilleures parcelles se vendent toujours, les secteurs moins cotés marquent le pas, dans un contexte de rendements fixés au plus bas pour 2026 par l'interprofession.

Le bassin Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura est le seul à afficher une vraie hausse en 2025, de 3,9 %. Les premiers crus de Côte-d'Or portent ce résultat, avec des fourchettes qui montent jusqu'à 6,4 millions d'euros l'hectare pour les premiers crus blancs dans le barème 2024. Les grands crus n'y sont même pas chiffrés, faute de ventes en nombre suffisant. Le Beaujolais suit une autre trajectoire : les appellations régionales restent autour de 10 000 à 11 000 euros, tandis que les crus du Beaujolais valent environ six fois plus.

Bordeaux et Sud-Ouest : la plus forte baisse du marché

Le bassin Bordeaux-Aquitaine perd 23,8 % en 2025, la plus forte baisse de France après le cognac. Le prix moyen d'une vigne en appellation Bordeaux générique tombe autour de 6 500 euros l'hectare, sous la valeur dominante de 8 000 euros relevée un an plus tôt. Les grands noms du Médoc ne sont pas épargnés : Pauillac recule de 32 % et Margaux de 43 % en 2025, après des années de stabilité. Pour un amateur, la bouteille d'un Margaux comme le Baron de Brane n'a pourtant pas suivi cette chute de la valeur du foncier : le prix du vin et celui de la terre ne bougent pas au même rythme.

Saint-Émilion illustre l'écart le plus spectaculaire du barème : de 150 000 euros à 2,5 millions d'euros l'hectare selon le classement et le terroir. Un domaine de plateau calcaire classé et une parcelle de plaine sous la même appellation n'ont presque rien en commun sur le plan foncier, ce que confirme la dégustation d'un Saint-Émilion grand cru du Château Pontet-Fumet. Le Sud-Ouest, hors Gironde, recule encore plus fortement : - 28,1 % en moyenne.

Languedoc, Rhône, Loire et Alsace : stabilité et contrastes

Le Languedoc, cœur de l'ancien bassin Languedoc-Roussillon, reste stable en 2025, avec des vignes d'appellation courantes entre 10 000 et 20 000 euros l'hectare dans l'Hérault selon le barème 2024. Ce niveau en fait la porte d'entrée la plus accessible pour un projet viticole sous appellation. La vallée du Rhône recule légèrement, avec un écart considérable entre les Côtes du Rhône régionales, autour de 15 000 à 20 000 euros, et Châteauneuf-du-Pape, au-dessus de 500 000 euros.

Le bassin Val de Loire-Centre progresse de 3 % en 2025, porté par les appellations du Centre-Loire. Sancerre affiche une valeur dominante de 260 000 euros l'hectare dans le Cher, un niveau qui reflète la demande pour des blancs de sauvignon reconnus, à l'image du Sancerre Les Romains du domaine Vacheron. L'Alsace-Est recule de 5,4 % : la valeur dominante du Haut-Rhin, à 130 000 euros, masque une fourchette de 14 000 à 300 000 euros selon les grands crus et les coteaux.

Cognac : pourquoi les vignes à eaux-de-vie ont perdu plus de la moitié de leur valeur

Les vignes à eaux-de-vie de cognac valent 23 200 euros l'hectare en moyenne en 2025, soit une chute de 54,5 % en un an. Cette baisse, la plus brutale de toute l'étude, suit la crise des ventes de cognac : droits de douane américains et taxe chinoise sur les eaux-de-vie européennes ont fait chuter les expéditions vers les deux premiers marchés du cognac. Les maisons de négoce achètent moins d'eau-de-vie aux viticulteurs, qui ne peuvent plus amortir le prix d'une terre achetée au sommet du cycle.

À titre de comparaison, le barème 2024 donnait encore des valeurs dominantes de 50 000 à 60 000 euros l'hectare dans les meilleurs crus de Charente. La chute de 2025 ramène ces vignes au niveau d'une vigne AOP du Languedoc. Pour un acheteur, ce prix bas ne dit rien de la rentabilité future : tout dépend de la reprise des exportations de spiritueux, sur laquelle aucune donnée publique ne permet de trancher en octobre 2026.

Qui achète les vignes en France en 2025 ?

Les personnes physiques agricoles, c'est-à-dire les viticulteurs qui achètent à titre personnel, représentent 35 % des acheteurs de vignes en 2025. La grande majorité d'entre eux achète des parcelles voisines pour agrandir une exploitation et en améliorer la gestion. Leur part reste la première en nombre mais leur volume d'achats atteint un plus bas historique selon la fédération des Safer. À l'intérieur de ce groupe, les viticulteurs fermiers, qui achètent les parcelles qu'ils exploitent déjà en location, progressent de 3,6 % en nombre. Les autres reculent.

Les particuliers non agricoles progressent en nombre et en surface. Ce sont des investisseurs, des cadres en reconversion ou des amateurs de vin qui achètent une petite propriété. Les sociétés d'exploitation et de portage foncier reculent en surface : la baisse des prix du vin en vrac réduit leur capacité d'investissement. Dans les bassins en crise, la Safer joue aussi un rôle de régulation en achetant ou en orientant des terres vers des candidats à l'installation.

Quels facteurs font varier le prix d'une vigne ?

Le prix d'une vigne dépend d'abord de son appellation, qui fixe le prix de vente possible du vin produit sur la parcelle. Au sein d'une même appellation, plusieurs critères font ensuite varier la valeur d'un hectare :

Le classement de la parcelle
Un premier cru ou un grand cru vaut plusieurs fois une appellation village ou régionale sur la même commune, comme le montre l'écart des fourchettes en Côte-d'Or.
L'âge et l'état de la vigne
Une vigne jeune ne produit pas encore ; une vigne trop vieille ou touchée par le dépérissement devra être arrachée et replantée, ce qui retarde de plusieurs années la première récolte.
L'encépagement et la conduite de la vigne
Un cépage recherché, une densité de plantation adaptée et une conduite mécanisable augmentent la valeur, alors qu'un encépagement hors cahier des charges la réduit.
La présence de bâtiments
Un chai équipé, une cuverie et une maison d'habitation changent la nature de la vente : on achète un domaine viticole, pas une simple terre.
La situation locative
Une vigne louée à un fermier se vend moins cher qu'une vigne libre, car l'acheteur ne peut pas l'exploiter lui-même avant la fin du bail rural.
La santé économique du bassin
Le prix des raisins et du vin en vrac, les volumes autorisés et les débouchés à l'export pèsent sur la demande, comme le montrent Bordeaux et le cognac en 2025.

Comment consulter les prix des vignes Safer pour une commune ou une appellation ?

Les prix des vignes Safer se consultent gratuitement sur le site le-prix-des-terres.fr, qui présente une carte des appellations avec la valeur dominante et l'évolution sur plusieurs années. Il suffit de rechercher une appellation ou un département sur la carte pour afficher son prix. Sur ce site public, la carte des vignes se lit avec la liste des appellations du département : un clic sur une zone de la carte affiche la valeur dominante, la fourchette et l'historique, et un champ permet de rechercher une commune. La même carte existe pour les terres et prés, les forêts et les terres forestières, utile quand une propriété mêle vigne et bois. Professionnels et particuliers y accèdent sans compte, ce qui en fait l'outil public de référence pour une première question sur la valeur foncière d'une parcelle. Le site du groupe Safer publie aussi chaque année l'étude complète en PDF et un article de synthèse sur le marché des vignes, accessible depuis le magazine des Safer.

Le barème officiel, lui, se lit sur Légifrance : la décision annuelle publiée au Journal officiel contient un tableau par département et par appellation, avec les valeurs dominante, minimale et maximale. L'administration fiscale s'appuie sur ce barème pour contrôler la valeur déclarée d'une vigne dans une succession ou une donation. Pour une estimation précise d'une parcelle, le service foncier de la Safer départementale, un notaire du secteur ou un expert foncier agréé reste nécessaire : aucune carte ne connaît l'âge des ceps ni l'état du palissage.

Pour suivre l'actualité du marché foncier viticole entre deux publications, les chambres d'agriculture départementales et la presse viticole relaient les chiffres régionaux dès leur sortie. Sur le blog, d'autres conseils pour bien acheter et garder son vin complètent cette lecture côté bouteille.

Exemple chiffré : ce que représente un hectare selon l'appellation

Prenons un exemple à partir des valeurs dominantes du barème 2024. Un projet de 5 hectares d'appellation Languedoc dans l'Hérault représente environ 75 000 euros de foncier (5 x 15 000 euros). La même somme achète moins de 600 mètres carrés de vigne à Pauillac, dont la valeur dominante atteint 2,5 millions d'euros l'hectare, et environ 3 000 mètres carrés à Sancerre.

À l'autre bout de l'échelle, un hectare de premier cru blanc de Côte-d'Or au maximum du barème, 6,4 millions d'euros, correspond à la valeur de plus de 400 hectares d'appellation Languedoc au même barème. Ces écarts expliquent pourquoi la moyenne nationale de 171 400 euros n'a qu'une valeur de tendance : presque aucune vigne ne se vend à ce prix-là. Ces calculs portent sur le foncier seul ; frais d'acte, plantation, matériel et bâtiments s'y ajoutent dans tout projet réel.

Préemption, vigne louée et succession : le prix Safer en pratique

La Safer peut-elle acheter une vigne à la place de l'acquéreur ?

La Safer dispose d'un droit de préemption sur la plupart des ventes de terres agricoles, vignes comprises. Le notaire lui notifie le projet de vente, et elle peut se substituer à l'acheteur pour installer un jeune viticulteur, agrandir une exploitation voisine ou éviter une hausse spéculative. Elle peut aussi proposer de réviser le prix si elle le juge excessif au regard du marché local.

Une vigne louée se vend-elle au prix du barème ?

Une vigne louée se vend en général sous la valeur d'une vigne libre, car l'acheteur hérite du bail rural et du fermier en place. Le barème officiel distingue d'ailleurs, pour les terres agricoles, les biens libres et les biens loués. Le fermier en place bénéficie en outre d'un droit de préemption prioritaire sur la vente.

À quoi sert le barème dans une succession ?

Le barème sert de référence à l'administration fiscale pour apprécier la valeur déclarée d'une vigne transmise. Une valeur très éloignée de la fourchette publiée pour l'appellation doit pouvoir se justifier par l'état de la parcelle, son classement ou une expertise. Le barème n'a cependant qu'une valeur indicative : il ne fixe pas le prix d'une vente entre particuliers.

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